Les femmes de Souf

sweater Les femmes de Souf, pants Flore Girard de Langlade

GI: Salut! Est-ce que vous pouvez dire quelques mots sur vous, d’où vous venez et comment vous êtes parvenu à devenir jeunes créateurs aujourd’hui?

Maya: Je suis Syrienne, j’ai grandi à Damas dans une famille ou l’art, le design et la musique font partie de la culture de la maison. J’habite à Genève depuis 10 ans. Ma passion pour l’art, le design et la mode, m’a emmenée vers la Haute Ecole d’art et design (HEAD) ou j’ai fait un Bachelor en design bijoux et accessoires.

Evelyna: Pour ma part, j’ai fait l’Ecole Hôtelière de Lausanne et non des études dans la mode. Cependant, j’ai toujours vu mon avenir dedans.  Ayant longtemps habité en Afrique avec mes parents, depuis petite, je dessinais mes vêtements et demandais à ma mère de les emmener chez la couturière pour les confectionner. J’ai commencé à 10 ans à me faire les mêmes jupes noires que Victoria Beckham et adolescente à créer mes propres modèles en tissu africains. Je les ai encore tous dans un carton à la maison !

GI: Avez-vous des influences et des modèles parmi les grands couturiers de la mode? Lequel est votre préféré?

LFDS: Nos cultures, les mélanges culturels, les vêtements traditionnels, l’art et l’actualité sont les premières choses qui nous inspirent. Bien sur, allié à cela ce qui se passe dans le monde de la mode aujourd‘hui.

Il serait difficile de ne choisir qu’un seul couturier qui nous inspire… Walter Van Beirendonck, Consuelo Castiglioni, Muccia Prada, Stella McCartney, Jesús del Pozo. Dans les jeunes designers Diletta Cancellato, Xiao Li,… The list goes on.

Et dans la philosophie, le collectif de designers Vetements. Tous ces créateurs nous emmènent dans le monde qui nous ressemble le plus.

suit Julie-Vanille Montaurier, gilet Les femmes de Souf

GI: Pouvez-vous nous parler un peu de vos collections? 

LFDS: Avant de parler de la collection, c’est l’histoire autour qui nous a ramenée à cette collection. Nous avons commencé par deux trois dessins de pulls et les avons fait fabriquer par les femmes Syriennes habitant actuellement à Genève.

Avant la guerre et la révolution, ces femmes faisaient de l’art du tissage et du tricot leur métier. Leurs histoires, leur volonté et résistance sont la base de ce projet ainsi que de notre collection.

La collection s’est faite au fur et à mesure, chaque histoire ramenait un chapitre nouveau, de nouvelles couleurs, de nouvelles idées et coupes. Notre travail a ensuite été d’établir et trouver une harmonie entre chaque histoire, technique et savoir faire des femmes avec lesquelles nous travaillons.

Pour notre première collaboration, nous avons décidé de nous orienter uniquement vers le prêt-à-porter : peplums et cropped tops, pulls oversizes, gilets inspirés de notre enfance et  manteaux.   Tous les modèles sont tricotés en laine, certains à la main et d’autres avec de petites machines. Nous avons également limité la production de chaque modèle à seulement quelques pièces. Une façon pour chacun de partager une histoire unique et différente avec nous et les personnes remarquables avec qui nous travaillons.

Les bénéfices de notre première collection ont servi à faire un geste envers un foyer de réfugiés à Genève.

GI: Quels noms vous avez choisi pour vos collection, qu’est-ce que ça évoque pour vous ? 

LFDS: C’est un project, une collaboration entre deux designers (MA.EL.) sous le nom de  Les Femmes de Souf.

Souf veut dire laine en arabe.  Ce nom nous évoque les voyages, les histoires entremêlées et un coté un peu féministe et courageux.

sweater Les femmes de Souf, skirt Justine Chanal

GI: Comment avez-vous conçu vos collections, quel a été votre point de départ ou vos inspirations?

LFDS: C’est  un mélange entre les histoires du passé, l’actualité de tous les jours que l’on vit à travers les médias, et comment le monde de la mode le transmet. Cela nous a donné la volonté de créer quelque chose qui a du sens pour nous: mélanger notre passion pour la mode et l’artisanat empreinte d’histoire de ces femmes. Ceci a été notre point de départ… Ensuite nous avons essayé de laisser libre court à notre imagination en essayant de créer des pièces à notre image, colorées, des fois un peu excentriques, mais aussi des modèles un peu plus sages qui pourraient attirer une plus grande masse. C’était un processus très excitant.

GI: Comment travaillez-vous? Est-ce que être le créateur des vêtements est facile? Ou au contraire c’est difficile? Vos collections vous prennent beaucoup de temps?

LFDS: Nous travaillons en duo à partir d’un thème basé sur l’une de nos histoires, comme il peut tout à fait être à travers un coup de foudre que l’on a eu pour une œuvre d’art ou une couleur. Rien n’est facile dans la création comme dans tout autre métier, c’est un processus qui prend beaucoup de temps et d’énergie et peut parfois être un peu frustrant. Il change, il prend forme, il se déforme, jusqu’à se développer pour traduire ce qui se passe dans notre tête en une forme tangible.

GI: Vous participez souvent aux événements de mode pour vous faire connaître?

LFDS: Nous venons de lancer récemment notre tout premier projet et première collaboration. On continue à se balader de galeries en vernissages, d’ateliers en souks; pas seulement pour se faire connaitre mais aussi pour continuer a trouver l’inspiration et enrichir nos projets d’avenir.

GI: Quels sont tes futurs projets?

LFDS: Les Femmes de Souf ont eu un succès au delà de ce que l’on imaginait. Donc les Femmes de Souf PART II pour l’hiver prochain, tout en gardant les yeux et l’esprit ouvert aux autres collaborations suivant la même démarche de slow fashion. Essayer constamment d’apprécier le travail artisanal, le fait main, l’éthique et la proximité avec les personnes avec qui nous travaillons.