Justine Chanal

suit Justine Chanal

GI: Salut! Est-ce que tu peux dire quelques mots sur toi, d’où tu viens et comment tu es parvenu à devenir jeune créateur aujourd’hui?

JC: Salut, je suis née en Ardèche dans le sud de la France. Dès le lycée j’ai opté pour un BAC Arts Appliqués à Grenoble, ce qui m’a permis de toucher un peu à tout entre design, graphisme, architecture, arts plastiques, histoire de l’art. Ensuite j’ai fait un BTS Design Mode à Marseille mais j’ai voulu poursuivre plus loin et obtenir plus de technique en intégrant la HEAD – Genève en Bachelor Design Mode. J’ai vraiment adoré ma formation à la HEAD car on a beaucoup d’avis de professionnels lors de workshops et pour moi c’était vraiment très enrichissant en plus de l’exigence que nous demande l’école. Durant mon cursus j’ai aussi fait un stage en broderie, ou j’ai complètement découvert cette technique chez Peter Pilotto à Londres en 2014 et un autre stage chez Mademoiselle L sur Genève en 2015, en tant qu’assistante designer, j’aidais la créatrice Laurence Imstepf Fuentes dans tout le processus de création de collection: recherches, développement des patrons, montage et essayages des toiles, shooting photo et préparation à la production.

GI: As-tu des influences et des modèles parmi les grands couturiers de la mode? Lequel est ton préféré?

JC: Je m’inspire pour beaucoup de notions, de citations, du quotidien, c’est souvent cela mon point de départ. Ensuite c’est difficile il y en a vraiment beaucoup qui m’inspirent, en ce moment il y a Chalayan, Jacquemus, Palmer Harding, Delpozzo, Andrea Jiapei Li. J’aime leur manière de rendre le vêtement graphique, parfois presque absurde avec un un gros travail de coupe et de volume.

sweater Les femmes de Souf, jacket Flore Girard de Langlade, pants Justine Chanal

GI: Peux-tu nous parler un peu de tes collections? 

JC: Pour ma pré-collection «  Did you know that your smile can make my day. », je me suis inspirée de la citation de Hanna Arendt «  Pour être confirmée dans mon identité je dépends entièrement des autres » , elle évoque le besoin des autres, l’idée que les autres créent une partie de nous. J’ai donc créé une série de photos avec une amie à l’aide d’un manteau qui venait brouiller les corps et donner une nouvelle entité. Grâce à ces formes j’ai retranscrit par le drapé la présence de l’autre dans le vêtement par la notion du double. Une jupe qui est à la fois pantalon, une veste entre chemise et veste, comme si l’on avait déposé là, la veste d’un ami, etc.

Pour ma collection de diplôme  «  Don’t trust the mirror. » , je suis partie d’une citation de Koan Zen : «  L’Homme regarde le miroir, le miroir regarde l’Homme » et d’une oeuvre de Kung Woo Han, Green House qui remet en question nos habitudes de perception. J’ai donc interrogé la manière d’appréhender la réalité, et j’ai imaginé un archétype du vestiaire masculin (veston ligné, pantalon à pinces, chemise, pull ) vu à travers mon miroir et transposé sur le corps féminin. Ainsi le pantalon est basculé sur le corps à travers le miroir et devient un tout autre vêtement en gardant les caractéristiques graphiques qui nous trompent visuellement sur ce qu’on semblait voir avant. La transparence de certaines pièces vient suggérer le vestiaire de départ et le renversement des pièces de départ. Cette collection se veut absurde, optique et propose une nouvelle vision de notre réalité.

GI: Quels noms tu as choisi pour tes collection, qu’est-ce que ça évoque pour toi, quels rapports avec les vêtements as-tu?

JC: Les noms que je choisis pour mes collections sont des phrases, dans le but de raconter une histoire, une démarche poétique en quelque sorte.

Pour moi les vêtements sont un peu la transition entre le moi et le monde extérieur. C’est dévoiler une partie d’une identité, ils sont d’une certaine manière intimes.

sweater Les femmes de Souf, skirt Justine Chanal

GI: Comment as-tu conçu tes collections, quel a été ton point de départ ou tes inspirations?

JC: Mon univers est poétique, philosophique et sensible. Il interroge l’illusion et l’absurde par un fort travail de coupe.

Comme je le disais, mon point de départ est très conceptuel, je recherche des sensations, des expressions, des oeuvres, des images qui m’évoquent une notion et qui viennent alimenter ma réflexion et mon « moodboard ».

GI: Comment travailles-tu? Est-ce que être le créateur des vêtements est facile? Ou au contraire c’est difficile? Tes collections te prennent beaucoup de temps?

JC: Ensuite j’expérimente je cherche à le traduire dans le vêtement et cette étape prend des formes variables. Pour mon bachelor je me suis beaucoup concentrée sur le travail de coupe, j’adore cela, chercher de nouvelles formes. Ensuite pour faire mes patrons, je procède principalement par moulage, donc directement en 3D avec le tissus, pour trouver mes formes. Je procède également à beaucoup d’essayages sur les modèles qui vont porter mes vêtements lors du shooting pour que le tombé soit au mieux. J’aime que ça soit bien fait alors évidemment cela prend du temps mais les délais sont très courts et c’est un métier très prenant, c’est une réflexion qui se nourrit chaque jour, c’est ça qui est super mais c’est ce qui est aussi difficile c’est un investissement énorme sur tous les fronts.

suit Justine Chanal

GI: Tu participes souvent aux événements de mode pour te faire connaître?

JC: Ma collection de diplôme vient de défiler en novembre 2016 lors du défilé annuel de la HEAD – Genève. Je n’ai pas encore participé à des concours pour l’instant mais c’est quelque chose qui commence à être réfléchi.

GI: Quels sont tes futurs projets? 

JC: Pour l’instant j’aimerais travailler dans différents studios de création dans différentes marques pour aller plus loin, découvrir de nouvelles choses, acquérir de l’expérience, des contacts. J’aime beaucoup travailler en équipe et faire des collaborations. Ensuite pourquoi pas un master mais je suis très enthousiaste car il y a vraiment beaucoup de choses qui me font envie que je n’ai pas encore testées.